Merci à tous ! En voilà d'autres plus vieux ! Et donc peut-être moins bons !
Moi, Âme, et toi, Corps À la façon d'un vulgaire dessin de craie blanche,
Je m'envole, je m'évapore, je m'efface,
Dès que résonne l'appel de la menace,
Et que se brise l'arbre aux pauvres branches.
La feuille déchirée qui tient lieu de support
De mon coeur, de mon esprit et de mon corps
Contraste gracieusement avec ce-dernier,
Cependant, il est tout à fait inutile de se renier.
Les rouages et courages de mon enveloppe
Font de moi une essence que l'on développe
Sans trop se soucier, hélas, de mon fardeau,
Qui entame, déchire alors son ultime lambeau.
Mes mouvements imprègnent ceux de l'Être
Qui jadis mit le feu à mon pauvre hêtre,
En réalité, je vis, je meurs, je régis, je suis
En toute chose, et la destinée se poursuit.
Mon but est de me glisser en toi, en vous,
Ainsi, je mettrai fin au requiem du loup
Que vous façonnez sur votre croquis,
Mais vous ne disposez point du savoir requis.
Le règne du mensonge officielIl y a cent ans, j'entendis une bien sombre rumeur,
On vint me trouver, Gabriel content dit "Le Roi se meurt !"
Non pas que le décès m'affecta, mais ce monarque,
Si tyrannique, avait laissé en nous une profonde marque.
Certes, ce n'était pas un très bon enfant de coeur, mais la vie
Qui l'animait jadis, ce fut un diable pire que lui encore qui la prit,
Et l'enferma en lui pour accomplir ses plus sombres desseins,
Pour ce faire, ce gredin s'était arrangé avec le destin !
Non, vraiment, il n'y avait rien de bon dans cette politique,
Si ce n'était bien sûr les affiches qui nous narguaient, despotiques
Dans leur silence, mais elles semblaient, dans le fond, sincères,
Comme traînées ici de force par le feu né au sein de l'enfer.
La rumeur disait qu'on était tous finis, tous vaincus, tous morts
Avant même le début du combat, les autres ne faisaient aucun effort,
Et se laissait mourir, ils erraient sans but, misérables, consummés
Par le devoir que portaient leurs épaules, incapables d'assumer.
[Poème] Histoire de la parole A force de se lever pour allumer sa lampe,
Mer se retrouva aveugle, chaque jour
Naissant elle partait voir Soleil pour lui faire la cour,
Mais son compagnon Vent lui brisa la tempe.
Aveugle et sourde, Mer ne sut plus où danser,
Elle se butait tantôt aux rimes embrassées
D'un poème, tantôt aux sombres rochers,
Qui à force de baisers furent ébréchés.
Mer erra donc au hasard. Il lui restait l'odorat
Pour s'abreuver de sa propre odeur, le toucher
Pour se confronter à la caresse des draps
Du sable, et le goût pour accuellir les navires perchés.
Mais il restait à Mer un don qui lui était exclusif,
C'était la parole, volé à Vent, le souffle oisif
Qui n'avait rien eu d'autre à faire que voler ses oreilles,
Et Mer put alors conter ses aventures sans pareil.
La conteuseJe connaissais un endroit où les limites
N'existaient pas, un endroit où les artistes ermites
Etaient libres et racontaient des histoires au coin du feu,
Un endroit où on avait qu'un objectif : être heureux.
Aujourd'hui ce pays de rêves est sans vie, désert,
Son passé défilait devant moi tandis que je marchais,
Foulant les milles et unes histoires que ces terres
Portèrent jadis, et sur lesquelles le sang crachait..
Ces histoires, je les ai enfermées en ma mémoire,
Afin de cultiver leur souvenir, de leur redonner espoir,
Mais quand je tentai de faire revivre ces récits,
On me chassa, les disant inapropriés aux terres d'ici..
Moi non plus, je n'étais plus la bienvenue dans mon pays,
Alors je me mis à parcourir le monde avec ma cape,
Hélas, on me rattrapa, on me dit de mourir, et j'obéis,
Mais ce fut pour renaître aussitôt, avec mes contes et ma harpe !
La nuitLa nuit, la réalité se confond avec les rêves,
La vie sombre dans une transe sans trêve,
Se reposant paisiblement dans son sommeil,
Tandis que le monde sera teinté d'or au réveil.
Les étoiles semblent plus brillantes, ce soir,
Elles incarnent ce qui dort avec nous, notre mémoire
Aussi brille plus fort, elle se souvient du jour
Vers lequel on ne peut faire demi-tour..
La nuit, c'est le rendez-vous de tous les espoirs,
Le rendez-vous des songes et mensonges, des miroirs
Faussés, et on se souvient, on se rappelle de la lumière
Et du vent, de la danse des feuilles et du chant de la rivière..
La nuit, c'est beau, quand même, regarder les étoiles,
Entendre le silence, admirer la lune hisser ses voiles
Pour partir vers d'autres contrées, ça donne envie de vivre
Et d'enfermer tout cela en nous pour en devenir ivre..
Plainte colombienne À savoir qu'ici bas l'humain fait office de symbole,
Pour nombre de mièvres et frêles fariboles,
Mieux vaut dire que le maître ne se soucie guère,
De tous ces affronts entre vides pierres,
Car d'ores et déjà se lève un soleil en précurseur,
Entamant ainsi une profonde peur,
Annonçant que la construction humaine,
Se montre une entreprise bien vaine,
Et que déjà la noire jeune politique,
Est encore le sujet de nombre de critiques,
Toujours est il que reste la pensée,
Que ne surpassent guère les mots élancés,
Tandis que monte du coeur de verre,
Le chant mélancolique de l'univers,
Qui ne comprends pas comment pareils espoirs,
On put déboucher sur une existence à en choir,
Ce faisant je la déclare totalement sans sens,
Mais il y a si peu d'âmes que l'on recense,
Qu'encadre alors l'humain un sentiment,
Pareil à un pitoyable et détourné régiment,
Mais c'est alors qu'apparait une blanche colombe,
Qui ne se soucie guère de la question de la tombe,
Et préfère regarder le monde sans ses yeux,
Car du vice elle n'a pas vu que le milieu.
Un élan vers la mort Il existe de ces royaumes où le Maître est mort né,
Anéanti par son propre pouvoir avant d'avoir gouverné,
Voyons donc lequel de nous s'en ira en une funeste chute.
Cela dit, nombre d'observations m'ont appris que la belle Mort,
Qui ne se lasse point de sa suprématie, ouvre sa porte et est en essor,
Ferme l'accès aux suicidaires, réduits à descendre ce qui n'a pas été gravis,
Et c'est bien là l'image même de son humour, plaisanterie qui me rebute.
Le chétif convive, plutôt valet des cendres que joueur, est ravi,
Mais déjà de longues ombres l'entourent, glissent, dansent,
Il croit avoir atteint le sacre, tout prisonnier de sa transe.
Oh, mon âme esquisse soudain un éclat de crainte,
Car je crois que dans cette attente, elle redoute un brasier,
Et elle sait que bientôt, ce feu lui accordera une mortelle étreinte,
Elle finira donc par dépérir, hurler à travers ces écharpes, comme un blessé rosier.
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